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#12 Wild Diamond

« Hiiragi, prépare-toi à entrer. C’est notre dernière rencontre alors fais comme tu veux ». En foulant à nouveau le parquet, je me rendis compte que l’énergie affluait dans mes jambes. C’était plus fort que moi. Je ne pouvais pas refouler mon envie de jouer malgré mon dégoût pour l’équipe. J’interceptais rapidement le ballon et me lançais dans une course folle. Le plaisir d’éliminer rapidement mes adversaires était toujours là. J’en dribblais un premier, puis un deuxième en faisant étalage de mes plus belles techniques. Leg through, roll turn, personne n’était capable de m’arrêter quand j’étais lancé ainsi.

« L’enfoiré, attends voir ! »

Le deuxième opposant n’avait pas totalement lâché le morceau, et il réussit miraculeusement à bloquer ma course. Le plaisir montait à peine en moi et j’étais déjà frustré d’être stoppé dans mon élan. J’observais mon adversaire. Je me rappelai alors qu’il m’avait déjà intrigué quelques minutes auparavant… il avait déclaré devant tout le monde qu’il arrêtait le basket… Exactement ce dont je n’avais pas le courage de faire. Quelle ironie du sort… Et il me traitait d’enfoiré… Mon agressivité reprit le dessus et j’assénai un coup de coude dans le visage de ce perturbateur.

La réaction de l’arbitre ne se fit pas attendre.

« Disqualification du numéro 11, expulsion immédiate ! »

Compréhensif, comme toujours, je me dirigeai calmement vers le banc en faisant mine de ne pas être affecté.

« Eh, attends, Hiiragi ! HIIRAGI !! », gueula un de mes coéquipiers.

Ca y est, j’allais avoir droit à ses insultes habituelles. Alors que je me retournais pour lui faire face, une véritable fusée humaine me frôla le visage et percuta mon coéquipier de plein fouet. Le type que j’avais frappé était devenu fou et s’était mis à frapper tout le monde sur le parquet, sans distinction. Le match était donc définitivement foutu. Je m’éclipsai rapidement. Mais je fus vite rattrapé par un autre de mes coéquipiers.

« Hiiragi ! Avant de rentrer, rejoins-nous dans la cour ! Compris ? On fait un meeting entre élèves de troisième ! », lança-t-il d’un air menaçant. S’il croyait m’effrayer.

Je rejoignis fièrement le petit groupe de joueurs qui s’étaient réunis dans la cour. Ils étaient bien là pour me flanquer une correction.

« On a toujours des emmerdes dès que tu participes à un match. C’est encore toi qui as tout foutu en l’air au tournoi estival ! Si ton frère n’était pas un joueur célèbre et tous les profs à la botte de ton père… On aurait aucune raison de te faire jouer ! Tu serais viré du club ! »

Je déposai mon sac de sport à mes pieds, et alors que j’allais répliquer, une voix grave résonna.

« Je me contrefous des querelles internes de ces loosers ! Et puis pourquoi j’irai aider quelqu’un qui m’a frappé ?! Moi je te dis qu’on va rien faire ! Ca doit être une coutume des cons qui fréquentent cette école !

Le garçon-fusée se tenait debout devant nous, accompagné d’une fille du même âge.

– Eh vous ! Tirez-vous, c’est notre problème !, lâcha l’un de mes assaillants.

– Un problème ?, l’interrompais-je. Quel problème !? Quelle belle brochette de minables vous faites ! Le basket est une chose si importante que ça ?! Pourtant… il devrait pas l’être pour des sous-merdes comme vous !!

Je les narguais, le sourire en coin. Evidemment, l’un d’entre eux pris mouche.

– Répète ! Répète un peu pour voir !

Alors qu’il levait le poing pour me frapper, une main saisit brutalement son bras.

– On se calme !

Je reconnus la voix de mon frère. Que faisait-il ici ? Mes coéquipiers le reconnurent également. Il fixa son regard hautain sur moi.

– Tu nous as encore fait honte lors de ce match, Hitonari ! C’est vraiment un geste d’irresponsable !

Il marqua une pause avant de reprendre.

– Comme ça faisait longtemps que je n’étais pas rentré, j’étais venu te voir mais je vois que tu n’as pas changé ! De la violence, toujours et encore ! Qu’as-tu dans la tête, Hitonari ?!

Il haussa le ton.

– Dis-moi pourquoi tu joues au basket !! Tu n’arrêteras donc jamais de me décevoir ?!

Je n’avais rien à lui répondre. Il croyait encore que je jouais pour lui et papa, que je devais leur rendre des comptes. Je n’avais pas à les satisfaire ou à les décevoir. Je voulais jouer pour moi-même. Quand comprendraient-ils ?

– Pour quelqu’un qui arrive sans prévenir, je trouve que tu ne manques pas de culot !, intervint le type de Ninomiya, notre adversaire du jour. C’est un problème qui ne regarde que lui, nan !? Je ne peux vraiment pas vous sentir, toi comme les autres ! J’ai bien envie de tous vous prendre un par un… et de vous réduire au silence dans un bain de sang !

Son air solennel fit sourire mon frère qui s’excusa, échangea quelques mots avec l’homme-fusée, et décida qu’il valait mieux qu’il s’en aille. En guise d’au revoir, Takuya déclara à mon attention :

– Hitonari, on reparlera de tout ça une fois à la maison !

– Parler de quoi ? J’ai rien à vous dire moi ! J’en ai plus que marre de tout ça !

Je pris une profonde inspiration. C’était le moment de lâcher ce que j’avais sur le cœur.

– Pour moi le basket s’arrête aujourd’hui ! Ras le bol de faire comme toi et papa le disent !

– Tu fuis ?

– Non, tu te trompes ! Je rejette vos méthodes, je rejette votre vision du basket !

– J’ai entendu dire que tu avais décidé d’entrer dans un lycée public… C’était donc pour ça ! Pour éviter de te retrouver à Hayamazaki avec notre père ! C’est bien dommage… Hitonari… Tu es la honte de notre famille… Tu ne pourras pas te plaindre si tu te fais jeter de la maison !

C’est sur ces mots qu’il repartit comme il était venu, suivi par mes coéquipiers qui le suppliait pour un autographe et des conseils pour améliorer leur jeu. Je n’avais que faire de ses conclusions. Agacé, je décidai de partir à mon tour, et ramassai mon sac de sport.

– Eh toi ! Attends un peu ! On n’en a pas encore terminé tous les deux ! T’as foutu les nerfs à bloc à de nombreuses personnes alors assume !!

– …si tu y tiens…

– Je te dois un coup et crois-m…

J’interrompis sa phrase par un violent coup de poing dans le ventre.

– Alors, comment vont tes nerfs maintenant ?

Il reprit son souffle.

– T’es vraiment rapide, enfoiré ! Pourquoi tu ne réagis pas comme ça, avec ton frère, sale connard !!

Décontenancé par ses paroles, je ne vis pas venir son coup de pied et je l’encaissai en pleine tête.

– Tu sais… la vitesse de ton enchaînement… « leg through » plus « roll turn »… n’était pas exceptionnelle je trouve ! Je te connais pas, mais tout ça n’a rien à voir avec ton frangin ! Il faut bien que tu le comprennes, crétin !! C’est que du basket-ball, et rien d’autre !

Il me regarda fixement. Un regard perçant, sûr de lui.

– Pourquoi tu ne ferais pas ce que tu as envie de faire ?! Il n’y a vraiment pas de quoi en faire toute une histoire ! Imbécile !

Son monologue fini, je ramassai à nouveau mon sac, tombé dans la bagarre.

– Lâche-moi s’il te plaît… c’est justement parce que je fais ce que je veux que je t’ai frappé ! Et puis tu es qui pour me dire ce genre de chose ?! Tu arrêtes le basket non ?! Eh bien moi aussi ! Je n’ai donc pas de leçons à recevoir de toi… Akane Tachibana !

Je le regardai droit dans les yeux une dernière fois, avant de m’en aller calmement.

30 mai 2010 at 2:40 Laisser un commentaire

#11 I won’t

Je me présente : Hitonari Hiiragi, fils de Masahito et de Chieko Hiiragi. Ce que je déteste dans la vie : le basket ball. Et plein d’autres choses.

Seul. Au milieu d’un sombre océan. Aucune issue envisageable, aucune de bouteille à jeter à la mer. J’ai abandonné tous mes compagnons de route. Aucun ne me comprenait. Moi-même je ne comprends pas. Tout semblait pourtant si bien parti. Ma vie est un amas de gâchis.

Durant mes deux dernières années de collège tout s’est effondré. Mon rêve d’atteindre le sommet du basket-ball, envolé. J’y avais pourtant mis toute mon énergie. Mais au fil des matchs celle-ci se transformait en frustration. Frustration d’être l’unique joueur à mouiller le maillot, frustration de n’être soutenu par personne, frustration de représenter encore et toujours Hiiragi junior, le frère de Takuya. J’aurais voulu partager tout ça avec quelqu’un, mais quelque chose me bloquait intérieurement. Je ne suis pas de nature à dévoiler mes sentiments, même à mes proches. J’avais l’impression que personne ne comprendrait jamais ce que je ressentais vraiment. J’avais peur de passer pour le pleurnichard de service. Mon angoisse de perdre ce qui m’était précieux s’est alors mue en violence sur le parquet. Et cette violence m’a fait égarer ce qui m’était cher. Joli paradoxe. Détesté de tous, considéré comme une star capricieuse, j’étouffais au milieu de tous les jeunes de mon âge.

Le seul refuge que je trouvais était une petite tour en périphérie de Kouzu. J’y montais après tous les mauvais moments passés ; autant dire que je m’y retrouvais régulièrement. Là-haut, un vent glacial soufflait et fouettait mon visage, comme pour me punir de mon comportement. J’étais un ange déchu. C’était mon catharsis. Plus rien d’autre n’existait que ce vent qui arrachait toutes mes pensées. Il balayait toute la haine en moi afin que je survive aux jours à venir. Je me rends compte aujourd’hui qu’en fait ce vent m’irritait encore plus, et que je m’engouffrais dans un cycle infernal qui m’enfonçait davantage dans la noirceur de mes pensées.

La première fois que j’ai frappé un adversaire en plein match, j’ai ressenti mon expulsion comme une libération. Enfin, je n’étais plus obligé de rendre service à cette équipe qui ne m’acceptait pas. Enfin, il arrivait quelque chose à Hitonari Hiiragi. Mon frère n’a jamais été exclu. Mon père aurait préféré s’enfoncer un sabre dans le ventre que d’être exclu du parquet. J’étais sidéré qu’il faille que j’en arrive à là pour exister aux yeux des autres, mais je savourais ce moment unique pour la première fois, et n’avait qu’une envie : qu’il se reproduise. C’est ainsi que ma collection d’exclusions s’étoffa de manière exponentielle. Jusqu’au jour où un administratif signa un papier sur son bureau pour m’écarter des parquets pour de bon…

Peu de temps après mon exclusion définitive du tournoi, je me suis violemment disputer avec Takuya.

Il ne comprenait pas mon attitude, pour lui je gâchais une chance inouïe que de pouvoir jouer au basket à un haut niveau. C’était son rêve, et il était persuadé que c’était également le mien. Je ne supportais pas qu’il rêve à ma place. C’était me priver de mon identité. Un homme qui ne décide pas de ses rêves est voué à vivre dans l’ombre. Je décidais alors d’aller en total contre-sens de ce « rêve », et d’abandonner définitivement le basket au lycée. Ainsi Takuya et mon père seraient bien obligés d’accepter qui j’étais réellement. C’est donc en secret que je commençais les démarches d’inscription pour un petit lycée public sans ambition.

« La gloire, les JO, ce n’est pas ça que je recherche… ». J’achevais ainsi la discussion, et sortais prendre l’air.

L’équipe de Rokkakubashi s’est faite éliminée en huitièmes de finale face à une redoutable équipe d’Hiratsuka. En observant le match depuis les tribunes, une satisfaction intérieure s’est emparée de moi. A la sortie du gymnase, mes « coéquipiers » se dirigèrent vers moi en m’accusant de leur porter la poisse. Ils voulaient me faire porter le fardeau de leur défaite. C’en était trop pour mes nerfs.

« Connards… sans moi vous ne pouvez rien faire sur le parquet, mais avec moi le match est suspendu, quelle équipe de sous-merdes vous faîtes ! »

S’en suivie une inévitable bagarre qui multiplia le nombre de bleus déjà conséquent sur mon corps, mais je me défendis comme un beau diable. J’étais tellement écœuré par leur manière de pensée, je me serais battu jusqu’à la mort si des adultes n’étaient pas venus nous séparer.

Le soir venu, mon père s’empara de l’affaire. Il menaça de m’expulser de la maison si je continuais à me comporter ainsi. Mais c’est sa dernière phrase qui me marqua plus profondément.

« L’année prochaine à Hayamazaki je ne te ferai pas de cadeau ! Tu as déjà de la chance que je puisse t’y faire entrer, les autres écoles ne voudraient pas de toi. »

Pour lui il était déjà inscrit dans l’histoire que j’intégrerai son lycée. Je n’avais pas encore parlé de mon intention d’arrêter le basket. Ca me démangeait tellement de lui crier mes réelles intentions. Mais une nouvelle fois j’étais bloqué. Je ne voulais pas qu’il prenne ça comme une idée qui venait juste de me traverser l’esprit. Je voulais qu’il sache que c’était mûrement réfléchi, et ce n’était pas la situation idéale pour évoquer cela.

Malgré mon comportement, le coach continua à me mettre sur les feuilles des matchs amicaux qui clôtureraient l’année. Il espérait une réaction de ma part pour lui prouver que je m’étais calmé. Cela n’était pas du tout dans mes intentions.

Vînt le jour de l’ultime match de la saison.

29 mai 2010 at 11:11 Laisser un commentaire

#10 Drowned Boy’s Poem

J’étais un jeune mousse,
A bord de ce grand voilier,
En quête d’un antique trésor,
L’espoir d’or encore et encore.

J’étais un jeune pousse,
Par l’Océan trop arrosé,
Navigant au gré du vent,
Ignorant les caprices du temps.

J’étais tout en haut du mât,
Lorsque la tempête est arrivée.
Déraciné par le vent trop fort,
L’espar m’a mis par-dessus bord.

Je suis tout au fond des maux,
Traversé par une ultime pensée,
Me noyant dans cet Océan,
C’était mon trésor évidemment.

12 avril 2010 at 4:54 Laisser un commentaire

#09 One minute, one illusion

L’ambiance dans les vestiaires était tendue. Menée de cinq points à la pause pour la première fois du tournoi, l’équipe était en proie aux doutes. En l’absence de véritable capitaine à Rokkakubashi, tout le monde y allait de son reproche et personne ne calmait le jeu. Les phrases mal placées fusaient et le mot « défaite » revenait souvent aux lèvres des jeunes collégiens. J’aurais aimé dire à mes ainés qu’un écart de cinq points était rapidement rattrapable, mais aucun ne m’aurait écouté. En tant que joker de luxe, on me faisait jouer lorsque le match était quasiment plié. En d’autres circonstances on ne prêtait guère attention à moi. Je n’avais donc pas mon mot à dire. Heureusement le coach prit les choses en main.

« Vous crier dessus ne vous fera pas jouer mieux, bon sang ! Vous connaissez la différence entre vous et vos adversaires ? Vous les valez dans tous les domaines, que ce soit physiquement, tactiquement ou techniquement. Vous n’avez vraiment rien à craindre d’eux. C’est leur cohésion et leur solidarité dans le jeu qui fait la différence pour l’instant ! Vous devez jouer en tant qu’équipe et non comme un ensemble d’individualités ! Il vous reste vingt minutes pour le comprendre et remonter ces cinq petits points, je sais et vous savez que vous pouvez le faire ! »

L’intervention musclée du coach avait eu le mérite de calmer les esprits. Mes équipiers se rendaient à présent compte que rien n’était encore perdu, et que tout se jouerait en seconde période. C’est déterminés à revenir au score qu’ils retournèrent sur le parquet. J’étais de tout cœur avec eux, bien que le coach ne m’ait adressé aucun mot. Je commençais à me demander s’il comptait me faire rentrer dans le match, mais je me rassurai en me disant que c’était sous-entendu. Après tout, cela faisait plusieurs matchs d’affilée durant lesquels je jouais les dix dernières minutes.

Les premières minutes de la reprise confirmèrent l’envie de l’équipe de revenir au score. Dès l’entame de la seconde période, notre pivot mit toute son énergie pour récupérer un rebond sous notre panier, au milieu de deux joueurs adverses. Il lança la contre-attaque en effectuant une longue passe en direction de notre ailier fort, qui convertit immédiatement l’action en deux précieux points, sur un lay-up parfaitement maîtrisé, nous ramenant ainsi à trois longueurs de notre adversaire. Sur l’action suivante, l’équipe de Rokkakubashi défendit avec ardeur, ne laissant aucune faille s’ouvrir à l’adversaire, bloquant toute tentative de percée. Notre meneur de jeu profita d’une passe un peu molle d’un joueur adverse pour intercepter la balle. On sentait notre équipe parfaitement concentrée et c’est ainsi qu’en quelques minutes elle avait inversé la balance, infligeant un cinglant 10-2 à nos adversaires en l’espace de trois minutes.

Nous menions à présent de trois points. L’équipe semblait confiante, mais des signes de fatigue commençaient à se faire sentir chez nos joueurs. Après s’être démenés comme des beaux diables en début de période, le contrecoup se faisait à présent ressentir. Remarquant la baisse de forme de l’équipe, notre coach demanda un temps mort.

« C’est bien les gars, vous avez le match en main. Continuez comme ça, mais pensez à gérer votre énergie ! Je ne ferai des changements que quand vous aurez une avance confortable, nos remplaçants n’ont pas votre expérience pour gérer ce match comme vous le faîtes, je compte sur vous ! »

L’équipe retourna sur le parquet après ces quelques minutes de repos. Les mots du coach m’avaient déçu ; il ne me faisait pas confiance pour tenir le match et aider l’équipe à remporter cette précieuse victoire. L’enjeu avait pris le pas sur son altruisme habituel. Pourtant, je savais pertinemment que ces adversaires ne me feraient pas peur. Leur niveau était certes très bon, mais le mien n’avait rien à leur envier. J’avais tellement envie de jouer, et de prouver une nouvelle fois à tous que ces quelques années d’écart que nous avions ne représentaient rien. Mais le coach ne semblait avoir aucune intention de me faire participer à la fête aujourd’hui.

Le temps mort n’avait malheureusement pas suffi à faire récupérer convenablement nos joueurs. Ils commençaient à être dépassés par la vitesse des adversaires, qui eux avaient fait tourner leur effectif. Notre pivot résistait de moins en moins aux charges du pivot adverse, nos joueurs se replaçaient mal, si bien que nous nous retrouvâmes bientôt à égalité au tableau d’affichage. Il fallait réagir, mais notre entraîneur semblait croire à une nouvelle révolte de notre cinq majeur. Et pourtant les minutes passaient et nous furent à nouveau menés sans que nos joueurs ne puissent rien y faire. Ils semblaient même résignés.

Nous nous retrouvâmes à six points d’écart à une minute de la fin du temps réglementaire. Notre ailier fort, qui n’avait cessé de courir durant tout le match sur nos contre-attaques à répétition, se plaignait de crampes. Le coach se vit forcer de le remplacer, et fit appel à moi pour les dernières soixante secondes.

« Fais de ton mieux, Hiiragi », me donna-t-il comme consigne. Il n’y avait rien de rassurant dans sa voix, et j’y percevais déjà l’amertume de la défaite. Mais moi, je ne voulais pas me résigner ainsi. Cela faisait presque quarante minutes que je bouillonnais intérieurement de pouvoir fouler le parquet.

Le jeu reprenait sur une touche en notre faveur. Plein d’entrain, je me précipitais vers l’avant et créais un appel auquel nos adversaires ne s’attendaient pas de la part d’un rookie comme moi. Mon appel fut froidement ignoré par le joueur qui faisait la touche, qui préféra faire une passe en arrière à notre meneur de jeu. Se rendait-il seulement compte du peu de temps qu’il nous restait ? Je faisais demi-tour pour proposer à nouveau une solution au possesseur du ballon, qui préféra quant à lui tenter une percée solitaire dans la défense adverse. C’est à ce moment que je me rendis compte que mes équipiers ne me faisaient aucune confiance, et qu’ils ne me pensaient pas capables de leur apporter la moindre aide. D’habitude, ils me faisaient des passes car ils savaient le résultat acquis et voulaient paraître pour des joueurs altruistes. Mais aujourd’hui, ils me montraient le vrai fond de leur pensée. Ce fut comme un coup de massue derrière le crâne pour moi. Je pensais représenter leur joker de luxe, mais j’étais juste le jeune remplaçant qui finissait les matchs lorsqu’ils étaient fatigués. Je m’en voulais de ne pas m’en être rendu compte plus tôt.

Je décidais alors que s’ils ne me faisaient pas de passe, ce serait à moi de me créer mes propres actions. La percée trop ambitieuse de notre meneur s’était évidemment soldée sur un échec, et nos adversaires commencèrent à faire tourner le ballon calmement, attendant bien sagement que le chronomètre s’écoule. Je sprintai alors pour couper la trajectoire d’une passe, et interceptai le ballon du bout du doigt. Je parvins à en garder le contrôle et commençai mon dribble vers le panier. Un seul joueur eut le temps de se replier pour me bloquer le passage. L’adrénaline à son maximum, j’effectuai le magnifique one hand double cross de mon frère qui laissa mon opposant sur place. Je réduisis facilement la marque et nous nous retrouvâmes à quatre points d’écart, le chronomètre affichant vingt-trois secondes restantes. Il ne suffisait plus à nos adversaires que d’attendre la fin du match, une phase de jeu durant au maximum vingt-quatre secondes, ils profitaient de la dernière possession de balle.

J’entendis la voix d’un de mes coéquipiers dans mon dos.

« Bon, on aura eu un peu de chance sur la fin mais on allait perdre de toute façon… »

Même après mon action, ils ne voulaient pas admettre que j’égalais au moins leur niveau ! C’en était rageant, et toute mon envie de ballon se transformait en rage sur le terrain. Je courus dans tous les sens pour tenter d’intercepter les passes de mes adversaires, qui jouaient logiquement la montre, mais ils s’appliquèrent pour ne pas tomber deux fois de suite dans le même piège. En l’absence d’autre joueur les pressant pour récupérer la balle, je ne pouvais plus rien faire pour l’intercepter. Les joueurs adverses s’amusèrent durant vingt-trois secondes à me faire parcourir la largeur du terrain à plusieurs reprises, avant de sauter de joie au retentissement du coup de sifflet final.

Le match était donc terminé. Les portes de la finale se refermaient sous nos yeux.

« A quatre points près, c’est vraiment dommage ! On a tout donné en deuxième mi-temps ! », se plaignit l’un des nôtres.

J’aurais aimé pouvoir en dire autant. Je sentais tant d’énergie en moi, et tant d’impuissance. Cette frustration n’était pas prête de me quitter. A présent éliminés, cette demi-finale départementale représentait donc notre dernier match officiel de l’année. Je n’aurais donc pas de si tôt l’occasion d’exprimer toute ma rage sur le parquet, il faudrait que j’attende la deuxième année de collège. Pourquoi le coach n’avait-il pas osé m’aligner plus tôt ? Pourquoi mes coéquipiers si fatigués n’avaient-ils pas osé me faire de passe, moi qui avait tant d’énergie à dépenser ? Mon rêve de gloire s’achevait sur une note vraiment frustrante. Si encore j’avais perdu en ayant pu jouer mes chances à fond, j’aurais pu l’accepter. Mais là, j’avais en moi un terrible sentiment d’injustice. Je n’avais aucune envie de sourire. Mon précieux trésor me montrait une obscure partie de lui que je n’avais jamais vue auparavant. Pour profiter d’un tel trésor, il faut posséder des compagnons qui te considèrent d’égal à égal. Cela n’était malheureusement pas le cas. Et j’ai attendu très longtemps pour que cela arrive.

28 octobre 2009 at 4:31 Laisser un commentaire

#08 Private Tuition

Mon deuxième jour de collège se trouva être dans la continuité du premier. L’excitation des basketteurs en herbe ne cessait d’augmenter au fur et à mesure que le premier entraînement approchait. Ils n’attendaient tous qu’une chose : que je leur montre les prouesses dont j’étais capable. Une nouvelle fois, l’on accapara tout mon temps libre à me parler du tournoi départemental, des exploits de mon frère, et des espoirs que l’on plaçait en moi. Je ne tardais donc pas à remercier tout ce petit monde dès la fin des cours arrivée, ne supportant que moyennement tout ce bruit autour de moi.

En chemin vers la maison, je me rappelais que ce soir avait lieu mon premier cours particulier. D’humeur soudainement moins pressée, je ralentissais le pas. J’appréhendais quelque peu la rencontre avec mon professeur. J’essayais d’imaginer à quoi elle pouvait ressembler. Des gros sourcils dépassant de ses lunettes épaisses, deux couettes solidement nouées de part et d’autre de la tête, une voix criarde, une longue blouse blanche… je frémissais rien que d’y penser. Je me rendais subitement compte que je me trouvais sur le perron de la maison. J’avais marché le plus lentement possible et pourtant je me tenais déjà devant la porte de la maison, une boule à la gorge. Mon effrayante professeur était-elle déjà arrivée ? Je scrutais les alentours, nulle trace de bicyclette  ou de voiture n’appartenant pas au quartier. Serait-elle venue à pied ? Je franchissais la porte doucement et avec toute la prudence du monde, m’efforçant de ne laisser échapper aucun bruit. Cela ne suffit pourtant pas pour que ma mère ne repère ma présence. Elle se tenait debout, les bras croisés, juste devant l’entrée.

« Te voilà enfin ! Quand c’est pour rentrer à la maison, tu ne cours pas aussi vite que pendant ton basket ! Dépêche-toi de ranger tes affaires, ton professeur arrive d’une minute à l’autre »

Sur ce je m’exécutais sans un mot. Je montais les escaliers menant à ma chambre, et déballais les affaires de mon sac sur mon bureau. Un léger vrombissement de moteur venant de l’extérieur résonna alors à mes oreilles. Je jetais un œil par la fenêtre, et remarquais un scooter rouge qui se rangeait le long du trottoir devant chez nous. Après m’être demandé pendant quelques secondes si Maman avait commandé des pizzas pour ce soir, je me rappelais qu’il était encore un peu tôt pour songer au diner. Il ne pouvait donc s’agir que d’une chose, c’était mon professeur qui arrivait à bord de ce véhicule pour le moins inattendu ! Les surprises ne s’arrêtaient pas là, la conductrice, revêtue d’un vieil imperméable froissé, retira son casque, laissant dévoiler une longue chevelure blonde en totale contradiction avec ce que j’avais imaginé. Elle descendit alors de son scooter, et j’aperçus à ses pieds ce qui ressemblait à des bottes de cuir.

* C’est une ancienne Junkie qui se tape un trip à la Onizuka ou quoi ? *

La suite des événements ne me rassura pas plus. La mystérieuse jeune femme venait juste de poser le pied sur une crotte de chien qui jonchait le trottoir. Je l’observais tenter de nettoyer ses bottes en les frottant très énergiquement sur… notre pelouse ! Au bout de quelques dizaines de secondes, elle sembla satisfaite et se dirigea vers notre porte. La sonnerie retentit, suivie d’un « Hitoooonari, descends, ce doit être ton professeur !! » hurlé par ma mère. La peur au ventre, je redescendais les escaliers, au bas desquels ma mère m’attendait afin d’accueillir ensemble la nouvelle venue.

« Et surtout, sois poli », me donna-t-elle comme dernière consigne. De toute façon, je n’allais pas risquer de mal parler à mon professeur, qui avait peut-être déjà fait de la prison…

Ma mère empoigna la clenche avec détermination et ouvrit la porte, son plus beau sourire aux lèvres.

– Bonjour, vous devez être Mademoiselle Minefuji, la nouvelle professeur d’Hitonari, entrez je vous en prie.

– Tout juste c’est moi, je vous remercie de votre accueil, répondit la jeune femme tout sourire. Et toi je suppose que tu es Hitonari ?

Je restais un peu bouche bée devant Minefuji. De plus près, elle n’avait rien d’une Junkie. Elle avait un très joli visage, et portait un très correct tailleur sous son imperméable. Je regardais furtivement ses bottes, légèrement humides sur le dessus. Elles faisaient moins cow-boy que je l’avais cru, bien que je ne les trouvais pas très assortis au reste de ses vêtements.

– Alors Hitonari, tu ne réponds pas à la question de ton professeur ?, me signifia ma mère en arborant des yeux menaçants.

– Hein ? Euh si… oui, c’est moi, Hitonari Hiiragi. Ravi de vous rencontrer…

– En voilà un garçon bien poli, répondit Minefuji avec un regard plein de tendresse. Tu veux bien m’inviter dans ta chambre ? Je crois que tu as des leçons à travailler.

Tout se déroula ensuite sans encombre. Minefuji était vraiment douée pour expliquer simplement les choses. Elle réagissait parfois de manière exubérante, laissant aller ses délires et se montrant plus démonstrative de ses sentiments qu’il est normalement requis pour un professeur, mais elle était toujours très sincère et à mon écoute. Et surtout, elle s’intéressait à moi, ce qui me soulageait au plus profond de moi-même. Inconsciemment j’étais très heureux de ses quotidiennes venues à la maison, même si publiquement je rechignais à continuer ces cours particuliers. J’appréciais ces moments où l’on me considérait pour ce que j’étais réellement. Les plus utiles conseils de Minefuji ne concernaient pas les cours, mais plutôt la meilleure façon d’appréhender la vie. Elle fait partie des personnes qui m’ont permis de survivre à mon adolescence. Ses précieuses paroles retentissent encore en moi. Je me souviens d’une soirée durant laquelle elle me surprit un ballon dans les mains, et me tint le discours suivant, d’un air songeur :

« Dis donc… C’est la première fois que je te vois aussi souriant toi ! Dire qu’au début je croyais que tu étais un gamin asocial… Mais tu es mignon comme tout en fait ! Hitonari ! J’aime beaucoup l’expression de ton visage… on sent que tu aimes vraiment le basket… surtout, prends bien soin de ce sentiment ! C’est ton trésor à toi ! »

Une cours particulier mémorable

Un cours particulier mémorable

C’était une période durant laquelle je réussissais peu à peu à mettre de côté toute ma rancœur de ne pas être reconnu en tant qu’ « Hitonari ». Minefuji y était pour beaucoup. Je m’étais fait une petite place dans l’équipe de basket de Rokkakubashi malgré mon jeune âge. Le cinq majeur était toujours composé des joueurs de dernière année mais j’étais en quelque sorte devenu le joker de luxe. La plupart des adversaires que nous rencontrions étaient eux aussi en fin de collège, et leur jeu était beaucoup plus dur que le mien. Physiquement je ne faisais pas le poids, mais on me faisait rentrer en fin de match afin de profiter de la fatigue des joueurs adverses, que je dribblais spectaculairement grâce à ma technicité grandissante. On m’appelait encore « Hiiragi junior » mais je m’efforçais de ne pas y prêter attention. Ceci était possible grâce aux très bons résultats que l’équipe obtenait. Le soir où Minefuji me surprit tout sourire, nous venions de nous qualifier pour les demi-finales départementales (au terme d’un match haut en suspense), stade maximum que l’ancienne équipe de mon frère avait atteint. Je rêvais de faire mieux.

Minefuji se rendait compte de mon envie et de mon ambition, et ses cours particuliers se transformaient de plus en plus en cours de basket. M’étonnant de toutes les connaissances qu’elle possédait à ce sujet, je la questionnais pour savoir d’où elle tirait tous ces conseils. Elle m’apprit alors qu’elle était une ancienne joueuse de haut niveau, mais qu’elle avait dû arrêter prématurément le basket pour des raisons de santé. Elle souhaitait donc à tout prix que je vive pleinement ma passion, afin de ne jamais avoir à le regretter dans le futur. Ainsi elle m’affirmait n’avoir aucun regret de ne plus pouvoir jouer, car elle disait en avoir assez profité, s’étant éclatée sur le parquet jusqu’à la dernière seconde durant laquelle elle avait pu jouer. Dans un premier temps j’eus beaucoup de mal à la croire, mais elle disait cela avec tant de conviction que je finis par me persuader qu’elle le pensait sincèrement. Raison de plus pour m’investir totalement dans ce sport.

Cette fameuse demi-finale serait le match le plus important que j’aurais eu à jouer jusqu’à présent, et je comptais bien donner tout ce que j’avais afin de l’emporter. Minefuji me donnait mille conseils sur la manière de respirer, de se déplacer sur le parquet ou encore de préparer un match. Elle croyait en moi et était de tout cœur avec moi pour ce match si crucial à mes yeux. Ma motivation était décuplée, et je sentais que l’apothéose était proche…

17 octobre 2009 at 2:48 2 commentaires

#07 I’m

« Hiiragi ?! Ça veut dire que tu es… le petit frère de Takuya Hiiragi ?! Ton frère était dans cette école avant, non ?

– Trop fort !!

– Je suppose que toi aussi tu es super doué au basket !! Voilà une nouvelle recrue de qualité !!

– Notre équipe va faire parler d’elle !!

– On compte sur toi ! Hiiragi junior !

– Oui, Hiiragi junior !!

– … »

Voilà comment s’est déroulée ma première récréation au collège. Un petit groupe de garçons  de différents âges s’était formé autour de moi, et m’assaillait de questions auxquelles je n’avais pas le temps de répondre et auxquelles je ne m’étais pas préparé. Je n’avais pas encore pu montrer mes talents que déjà j’étais considéré comme une star. Sentiment étrange que la gloire non méritée. Fatigué par tout ce chahut, je laissais faire et esquissais quelques sourires. Une pensée me rongeait l’esprit. Quand viendrait vraiment le jour où je mériterais tant d’éloges, il serait déjà trop tard et impossible pour moi de les savourer. On m’aimait déjà pour ce que je n’avais pas encore fait. Donc ce n’est pas vraiment moi qu’on appréciait mais ce que je représentais. Dès l’instant où j’entendis prononcer ce surnom d’ »Hiiragi junior » je le compris. Le jour où l’on m’appellerait simplement par mon nom serait dorénavant une grande victoire pour moi, et la motivation ne me manquait pas.

« Ton père est un célèbre entraineur non ?! Il doit t’enseigner des terribles techniques

– Tu nous les apprendras, Hiiragi junior ! »

Je n’avais jamais songé que ma famille ait une telle notoriété à Rokkakubashi. On attendait de moi que je prenne la relève, et j’y étais bien décidé. Pas forcément pour l’image de ma famille, mais pour moi-même. Après toute l’énergie que j’avais dépensée à l’entraînement, je n’attendais plus que l’occasion de me confronter au basket pratiqué dans les collèges de haut niveau. L’opportunité allait bientôt se présenter puisque le tournoi du canton commençait quelques semaines après la rentrée.

Ce jour-là je rentrais chez moi presque aussi fatigué qu’après avoir joué un match. Le harcèlement continuel que j’avais subi m’avait complètement lessivé. A mes yeux, rien ne valait le calme de notre maison. Je franchis le palier, me déchaussai, saluai brièvement ma mère et me dirigeai directement dans ma chambre. Je ramassai mon ballon de basket et m’affalais dans mon lit. Le ballon pressé contre le front, les yeux fermés, je laissais aller mes pensées. Lors de ce premier jour d’école, je ne m’étais pas encore fait de réel ami, malgré le nombre de personnes qui étaient venues me parler. Aucune ne s’était intéressée directement à moi. Mais bon, c’était seulement le premier jour, avec le temps mon nom de famille n’intriguerait plus personne et je rencontrerais surement de très bons amis, qui m’apprécieraient pour ce que j’étais.

L’arrivée en fracas de mon père me sortit de mes pensées.

« Chieko ! J’ai été engagé définitivement, ça y est ! »

Mon père s’adressait à ma mère dans un ton fort et jovial qui ne lui était pas habituel. Il lui raconta tout son entretien d’embauche dans les moindres détails, de l’assurance qu’il avait eu devant ses employeurs au salaire élevé qu’il avait pu négocier. Ma mère en était vraiment fière, puisqu’elle lui avait reproché ces dernières années son manque de stabilité dans ses emplois. En effet, depuis son départ du coaching de l’équipe nationale, mon père avait enchaîné les rôles de consultant basket pour différents employeurs, avec toujours le doute de savoir si quelqu’un ferait à nouveau appel à lui après chacune de ses missions. Dorénavant, il devenait le responsable basket-ball d’une nouvelle université très riche, Hayamazaki, pour laquelle il ne tarissait pas d’éloges.

« On a beaucoup de moyens là-bas ! Il n’y a pas encore de bonne infrastructure en place pour le basket, mais on m’a confié un projet sur la durée. D’ici 2-3 ans, nous pourrons accueillir les meilleurs joueurs du Japon dans notre enceinte pour les entraîner. C’est dommage que Takuya ne puisse pas en profiter, vu qu’il entre à l’université l’année prochaine. Mais je compte bien inscrire Hitonari quand il sera en âge d’entrer à l’université ! Il pourra évoluer dans des conditions idéales ! »

Et voilà, encore une fois on décidait de mon avenir sans que j’émette le moindre avis. Je savais que mon père ne pensait qu’à mon bien, et je me disais que ce serait quand même une bonne chose que de pouvoir jouer dans une grande équipe. Peut-être bien que ce projet en vaudrait vraiment la peine, mais je trouvais qu’il était encore un peu tôt pour qu’on décide à ma place de m’y inscrire. Et j’entrais seulement au collège ! Décidément, ce n’était vraiment pas le jour où j’aurais mon mot à dire !

Ce soir-là on apprit tous les détails du projet dans lequel mon père s’impliquait, et mon frère semblait déjà regretter de ne pas pouvoir y participer. Mon père le rassurait comme il le pouvait en lui disant que dans tous les cas il l’inscrirait dans une grande université, de même niveau que la future Hayamazaki.

– Et sinon, ton premier jour à Rokkakubashi s’est bien passé, Hitonari ?, demanda ma mère qui était la seule à avoir remarqué que je faisais un peu la moue depuis que j’étais rentré.

– Ça va… mais on n’a pas arrêté de m’embêter pour savoir si j’étais le frère de Takuya et le fils de Papa…

– Ahah, je suis encore une star là-bas, t’as intérêt à assurer ma relève !, intervînt mon frère, qui se donnait une joie de me rajouter encore un peu plus de pression. Je laissais échapper un léger soupir en guise de réponse.

– Ça leur passera vite, ne t’inquiète pas… il y a des choses bien plus graves, je suis heureuse que ce soit seulement ça qui te tracasse, répondit ma mère avec un grand sourire, qui savait comment me réconforter.

– Oui tu as raison, dis-je en lui renvoyant son sourire.

– Au fait, tu rencontres ton professeur particulier demain soir, alors fais de ton mieux pour ne pas trop la décourager !, déclara ma mère, non sans une pointe d’ironie.

– Profite au maximum de son savoir, au prix où on le paye !, ajouta mon père, toujours dubitatif sur l’utilité d’engager un professeur particulier. N’hésite pas à lui poser des questions, et s’il ne peut pas y répondre on le renverra chez lui.

– On LA renverra chez ELLE, je t’ai déjà dit que c’était une jeune femme, rétorqua ma mère.

– Raison de plus !, grogna mon père.

Mon intégration au collège, les nouveaux objectifs de mon père, la venue de mon professeur particulier… cela faisait beaucoup de sources de réflexion pour un seul garçon. Je ne dormis pas beaucoup cette nuit-là. J’espérais fortement que le lendemain se déroule sans aucun nouveau souci. M’appellerait-on enfin par mon prénom ?

27 septembre 2009 at 4:00 Laisser un commentaire


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