Posts filed under ‘Partie I : Cristallogenesis’

#06 Robot soldier

« Sois régulier dans tes foulées, allez ! Encore trois tours ! »

Je suais comme un damné alors que j’entamais mon septième tour de notre pâté de maisons. Mon père, sifflet à la bouche et chronomètre en main, me faisait courir à un rythme rapide afin que j’améliore ma condition physique. Son regard sévère me faisait froid dans le dos et je me donnais totalement dans l’espoir de ne pas le décevoir. Je n’avais jamais connu pareil entraînement ; bien sûr, il nous arrivait de faire des tours de terrain à l’école, mais jamais avec un rythme aussi soutenu et sur une pareille durée. Mais c’était de l’histoire ancienne : mon père m’avait prévenu, le niveau de jeu au collège est bien plus élevé qu’à l’école primaire, surtout à Rokkakubashi. Ma frêle carrure ne serait pas un avantage, alors il fallait que je travaille mon endurance pour pouvoir tenir tête aux garçons qui entamaient déjà leur crise de croissance. Ainsi mon père me faisait courir au moins deux heures chaque matin durant toutes les vacances. J’étais épuisé, mais je me disais que tout ceci n’était pas du travail en vain. Je sentais vraiment que je pourrais progresser. L’après-midi il m’emmenait m’entraîner, soit sur un terrain qu’il louait à une petite enseigne, soit devant notre garage où un panier était toujours accroché. Je devais enchaîner des shoots dans toutes les positions un nombre incalculable de fois, et quand je croyais en voir le bout, une nouvelle série de tirs recommençait.

Tout ceci rendait mon corps plus fort, plus endurant, mais cela avait également pour effet d’épuiser mon mental. Ces longues journées passées à s’entraîner sans le moindre moment d’amusement commençaient à m’agacer, mais je prenais sur moi en me disant que c’était pour mon bien. Mais le soir en m’endormant, je ne pouvais m’ôter de la tête ces yeux paternels plein d’autorité qui m’avaient suivi toute la journée. Mes nuits étaient agitées. Les entraînements répétitifs me poursuivaient jusque dans mes rêves. Je me revoyais en train de courir sans but sur une route qui s’étendait infiniment jusqu’à l’horizon. Mes jambes étaient plus lourdes que du plomb, le soleil m’aveuglait, et mon père continuait de crier sans cesse « plus vite Hitonari, plus vite ! ». Je me réveillais tout transpirant, les draps en pagaille comme si une bagarre avait eu lieu sur mon lit. Mon père me pressait de prendre mon petit-déjeuner et de me préparer pour le footing matinal. J’enfilais mes baskets et le suivait dehors. Son coup de sifflet retentissait et il mettait son chronomètre en route.

– Allez Hitonari, quand tu cours, ne pense qu’à la victoire !, me hurlait-il.

– Mais Papa… je ne suis pas… une machine, articulais-je entre deux reprises de respiration.

– Ce n’est pas ça Hitonari ! Tu ne dois te soucier que du fait de devenir le meilleur. Il n’y a rien d’autre qui compte. La sérénité, l’exactitude du geste, le désir de victoire, l’envie d’aller plus haut… il n’y a rien d’autre qui compte !

– …

Trop fatigué pour réfléchir à quelle réponse apporter, je continuais de courir, pour fuir les mots si forts de mon père. Ce n’était pas exactement ce que j’attendais. Bien sûr, je voulais devenir le meilleur ! Mais était-ce la seule manière d’y parvenir ? En mettant des œillères autour de son esprit et en le tournant vers une seule et même idée ? Je commençais à regretter d’avoir insisté auprès de ma mère pour pouvoir jouer au basket durant les vacances. Celles-ci se transformaient en camp militaire pour jeune délinquant. Vivement la rentrée que je puisse rencontrer de nouveaux copains et m’amuser avec eux !

Hélas, j’allais bientôt regretter ce trop plein d’optimisme…

23 juillet 2009 at 3:13 Laisser un commentaire

#05 Strict woman versus elderly man

« Même de nos jours, la mer est dangereuse pour nos bateaux. Un voilier est encore porté disparu, c’est malheureux. Ils devraient réglementer tout ça… »

Tandis que ma mère avalait les lignes du journal avec anxiété, je révisais mes dernières leçons, assis en tailleur, mon livre de japonais coincé entre mes cuisses. Elle m’avait prévenu : si mes notes ne s’amélioraient pas, je serai privé de basket pendant toutes les prochaines vacances. Elle n’aurait pas pu trouver meilleure motivation pour me forcer à travailler. Il est vrai qu’à cette époque, je ne fournissais pas beaucoup d’effort pour me distinguer dans les salles de classe. Je somnolais en cours, récupérant toute la fatigue accumulée durant les récréations. En effet il ne se passait pas une récréation sans que je dépense toute mon énergie à jouer au basketball. Comme toute maman inquiète pour son fils, ma mère me reprochait souvent mon manque d’implication à l’école. Et quand elle avait vu mon dernier bulletin de classe, elle s’était vue forcée de prendre des résolutions. Ainsi, je devais faire mes devoirs pour pouvoir jouer au basket, quelle sadique idée ! De plus, elle prévoyait d’engager un professeur particulier lors de mon passage au cycle secondaire, afin de « ne pas décrocher dès le début ». Que de soucis en perspective…

– Tu crois qu’ils vont retrouver ce bateau ?, demandai-je intrigué.

– Hélas, ils disent qu’avec l’orage de cette nuit il y a peu de chances de le retrouver… la personne à bord laisse une femme et un petit garçon de ton âge derrière lui… je suis heureuse que Masahito n’ait pas le hobby de la mer.

Comment papa aurait-il pu s’intéresser à la mer ? Ses deux seuls passe-temps étaient télé et basket, l’un étant réservé pour le soir et l’autre pour tout le reste du temps. C’était bien la première fois que ma mère voyait ça d’un bon œil. Elle qui nous reprochait si souvent de ne pas varier nos activités ! J’essayais de reprendre mes révisions, mais mon esprit se tournait constamment vers ce malheureux petit garçon. Je m’imaginais la peine qu’il devait ressentir au plus profond de lui. Est-ce qu’il en voulait à son père d’avoir risqué une sortie en mer malgré les alertes météorologiques ? Se sentait-il abandonné, trahi, par un père égoïste qui n’avait pas pensé aux souffrances qu’endureraient sa femme et son fils ? Je me disais que c’est ce que j’aurais sûrement ressenti à sa place. Mais je n’étais pas à sa place, et je n’avais pas le droit de penser ainsi de son père, sans le connaître. Il était peut-être le plus adorable des papas et sa disparition avait pu briser le cœur de son fils pour le restant de ses jours. Comment vouliez-vous que je révise avec toutes ces pensées dans la tête ? Ca me valut une bien mauvaise note à l’examen de japonais, et ma mère tenta de mettre sa menace à exécution durant les grandes vacances qui séparaient le passage du premier au second cycle.


Evidemment, mon père était d’un tout autre avis. Pour lui, pas question que j’arrête de m’entrainer durant toute cette période. Cela provoqua une grosse dispute entre mes parents. Ma mère argumentait à juste titre que si on ne me privait pas de basket, c’est toute son autorité qui serait remise en cause. Mon père répondait que l’autorité paternelle primait sur les décisions familiales, ce qui n’était pas vraiment du goût de maman. Après plusieurs heures de négociations, ils parvinrent enfin à un commun-accord quant à mon cas. A la rentrée, ma mère pourrait effectivement engager un professeur particulier que mon père trouvait si cher et dont il doutait de l’efficacité, et je pourrais m’entraîner pendant les vacances, sous la haute direction de papa. Ces séances se feraient seul à seul, sans pouvoir jouer avec mes amis, afin de s’assurer que l’autorité de ma mère ne soit pas discréditée.

– Bon, d’accord, il pourra quand même jouer avec son frère… concéda-t-elle.

– Moi ? Pas question, je dois m’entraîner avec mes coéquipiers pour qu’on travaille notre esprit d’équipe. Et puis, qui voudrait jouer avec ce nabot…

– Ne parle pas comme ça de ton petit frère, Takuya. Si tu ne veux pas jouer avec lui, soit. Mais ne l’insulte pas.

– J’ai insulté personne moi…

Vous l’aurez compris, bien que l’épisode du one hand double cross remontait à plusieurs mois, mon frère me faisait toujours la tête. Il se montrait de plus en plus dédaigneux envers moi. Il ne me parlait que pour me rabaisser, du coup je commençais moi aussi à l’éviter, et je nourrissais une rancœur secrète. A quoi bon essayer de lui parler, j’étais sûr de me faire durement remballer. Les prochaines vacances s’annonçaient plutôt moroses pour moi…

Heureusement, il restait encore un mois avant les vacances. Et je comptais bien en profiter pour jouer le plus possible avec mes amis. Eux-mêmes ne comprenaient pas la décision de mes parents, leurs résultats scolaires n’étaient pas moins catastrophiques que les miens et ils n’avaient reçu aucune sanction.

– Ah ah, si ça se trouve, à la rentrée tu seras devenu tellement nul que tu ne sauras même plus faire une passe, ricana Honda.

– Peut-être que je ne saurai plus faire de passes, mais je pourrais toujours te dribbler ! Je te signale que je vais quand même m’entrainer avec mon père pendant tout ce temps !

– Ce vieux croulant ? Je suis sûr que même moi je peux le dribbler !

– Il est pas vieux ! Il a juste les cheveux teints, tout comme moi !

Quand j’y repense, j’étais capable de défendre mon père coûte que coûte à cette époque. Ce temps me semble bien loin aujourd’hui, il s’est passé tant de choses depuis. Actuellement je suis en bons termes avec lui, mais pendant toute une période il a représenté pour moi un dégoût des plus caractérisés. Mais cette histoire viendra après… Pour l’instant, je le défendais mordicus et défiais quiconque de pouvoir le dribbler. En voyant ma détermination, le gros Honda se calma et nous reprîmes notre partie de basket. Malheureusement la sonnerie retentit et nous retournâmes en classe, un peu déçus de ne pas avoir pu jouer plus longtemps. Nous nous rattrapâmes à la pause suivante et durant toutes les récréations qui précédèrent la fin de l’année scolaire. Hélas, les vacances que j’appréhendais tellement finirent par arriver.

16 juillet 2009 at 7:13 Laisser un commentaire

#04 Forbidden Skill, Forgotten Bro

C’était une semaine avant mon entrée en dernière année d’école primaire. Les fleurs de cerisier étaient splendides et annonçaient une année tout aussi magnifique. Le ciel était d’un bleu parfait, et une douce brise parcourait les rues de la ville, à la recherche d’une fleur de cerisier à faire valser et valser encore, dans une danse à la fois légère et voluptueuse. Ce spectacle reflétait un peu ma vie d’alors : je me laissais porter au gré de mes envies et profitais pleinement de mon bonheur. Il n’existait aucune limite, aucune contrainte. A cette époque, l’enfant naïf que j’étais aurait sans mal pu prononcer les mots « tout est au mieux dans le meilleur des mondes ». Cependant, il fallait bien qu’une première anicroche vienne bouleverser un peu mon monde idyllique.

– One hand dooouble cross speciaaaaal !!

Takuya avait profité des dernières semaines d’école et du début des vacances pour travailler son dribble. Devant mes yeux intrigués, il répétait sans cesse les mêmes entraînements durant des heures. Il refusait même de me laisser jouer avec lui, tellement il était obsédé par la technique qu’il avait juré d’acquérir. Plus rien d’autre ne comptait pour lui que de maîtriser à la perfection son one hand double cross dribble, comme il l’appelait lui-même. J’étais légèrement vexé qu’il en oublie jusqu’à mon existence, mais je le laissais tranquille et l’observais se débattre. Il est vrai que cette technique est vraiment dure à réaliser. Voici en quoi elle consiste : lors d’un dribble avec la main droite, il faut tout d’abord effectuer une feinte de départ sur la droite pour que l’adversaire entame un mouvement vers ce côté, puis faire revenir la balle devant vous avec un petit rebond, laissant croire à l’adversaire que vous aviez feinté pour pouvoir passer à gauche. Au moment où l’adversaire pivote sur ses appuis pour défendre la gauche, il ouvre alors un large espace sur la droite dont il faut profiter pour esquiver son corps en dribblant toujours avec la main droite pour ne pas heurter l’adversaire avec l’épaule gauche. Vous êtes alors dans la direction du panier adverse avec un boulevard devant vous tandis que l’adversaire est derrière et dans la direction du panier opposé. Ce dribble est donc très efficace, mais les deux feintes successives qui le composent sont très dures à enchaîner. Il faut savoir les  réaliser dans le correct tempo pour pouvoir réussir à bouger en fonction des réactions de l’adversaire.

Mon frère s’acharnait donc à peaufiner cette technique, emmêlant de temps à autres ses pieds d’appuis ou se trompant de main pour dribbler. Mais il progressait nettement chaque jour, si bien qu’il finit par conclure qu’il maîtrisait enfin son « double cross special ». Il me laissa alors le rejoindre pour qu’il me fasse subir son terrible dribble. Malheureusement pour lui, à force de l’observer je connaissais par cœur l’enchaînement qu’il avait préparé et ne mordait pas dans sa feinte. Dès la première balle, ma petite taille me permettait d’intercepter son petit rebond, ce à quoi il ne s’attendait pas. Je récupérais alors la balle, revenais vers le milieu de terrain, puis lui faisais face. Sans m’en rendre compte, je venais de ridiculiser ses deux semaines d’entraînement intensif. Et ce n’était pas fini.

– Qu.. ? Tss, je n’aurais peut-être pas dû te laisser me regarder pendant que je m’entraînais…, dit mon frère, un petit sourire en coin, qui se voulait rassurant envers lui-même. Allez, je te pique la balle en deux secondes et je la retente. Tu vas regretter de m’avoir provoqué !

– En deux secondes ? Cause toujours !

C’était à mon tour de dribbler, et je me lançais à l’assaut de Takuya. C’est alors que mécaniquement, sans vraiment m’en rendre compte, je réalisai un parfait one hand double cross dribble qui laissait mon frère pantois, deux mètres derrière moi. Ce qui venait de se passer semblait inexplicable. Comment moi, qui ne m’étais jamais exercé à ce dribble, avait pu passer avec tant de facilité Takuya ? En y réfléchissant plus tard, je me dis que le fait de l’avoir observé durant des jours réaliser ce dribble, m’avait inconsciemment fait analyser les mouvements à faire, et surtout, m’avait donné l’irrépressible envie de réaliser à mon tour cette technique. Il y avait sûrement eu beaucoup de chance ajoutée à tout cela. Mais sur le moment, la situation était totalement improbable. Dans les yeux de mon frère, je lus pour la première fois un regard accusateur et terriblement vexé. Il ne m’adressa plus la parole durant des semaines, et nos relations depuis ce jour ne furent plus jamais les mêmes. Depuis lors, même si je ne m’en rends compte que maintenant, je ne représentais plus pour lui son gentil petit frère, mais son plus grand rival.

9 avril 2009 at 2:07 Laisser un commentaire

#03 Standing up to Olympus

« Non Hiramoto, tu n’as pas le droit d’arrêter la balle et de repartir en dribble, c’est une reprise », expliquait notre jeune coach.

Cette première séance de mini-basket semblait avoir attiré un grand nombre de mes camarades de classe, dont quelques uns qui découvraient les règles de ce sport. Je me souviens d’avoir été très étonné ce jour là que tout le monde ne connaisse pas les bases mêmes du jeu. Néanmoins, je m’amusais comme un fou à dribbler d’un coup ces néophytes aux mouvements encore désordonnés et à l’équilibre précaire. Mon dribble n’était pas encore efficace à cent pourcents, mais c’était justement l’occasion de s’entraîner contre un tas d’obstacles mobiles et -je l’avoue- plutôt imprévisibles.

« Oui, c’est bien comme ça Hiiragi, continue. Mais attention à ne pas trop te précipiter tout de même », me lança le coach. Je faisais en effet preuve d’une grande débauche d’énergie et courrait à toute vitesse sur chaque occasion. Ce qui me valut de perdre le contrôle de la balle à plusieurs reprises, mais également de marquer de beaux paniers. Et surtout, mon jeu semblait rendre admiratifs mes petits coéquipiers qui n’en revenaient pas à chaque fois que je marquais après avoir effectué une course folle en traversant tout le terrain.

– Trop fort ! Comment t’as fait pour garder la balle là ? Il y avait trois adversaires devant toi, dont le gros Honda ! Moi j’arrive pas à le passer, même quand il est tout seul !

J’eus le droit à ce genre de répliques admiratives durant tout l’entraînement, ce qui me conviait à donner encore plus de moi-même. Et ce ne fut pas qu’un effet à court terme. J’ai ainsi passé le reste de mes années scolaires à me faire traiter en mini-héros sur le terrain de bitume qui faisait office de parquet. Je débordais d’enthousiasme à l’idée de toucher un ballon et de faire montre de mon talent. Il est vrai que mon style de jeu n’était pas des plus collectifs, il était même très individuel. Cependant tous les garçons de mon âge adoptaient la même tactique : courir droit devant avec le ballon, et effectuer une passe seulement au moment où l’on était bloqué par un défenseur. L’unique différence était que je me retrouvais bloqué plus rarement que mes partenaires de jeu, grâce à l’adresse que j’avais acquise en m’entraînant avec mon frère. D’ailleurs, mes moments de gloire sur le terrain me faisaient presque oublier d’envier les progrès de mon frère, passé au collège de Rokkakubashi, et menant son équipe à des tournois de dimension régionale.

Je rentrais toujours épuisé à la maison, ne pensant qu’au prochain entraînement ou au prochain match. Ma mère commençait à trouver que j’en faisais trop, mais mon père était fier de moi. Celui-ci était présent plus souvent à la maison pour s’occuper de nous qu’autrefois; on l’avait malheureusement remercié de ses services en équipe nationale, après que celle-ci eut échoué sans surprise dans les qualifications pour les Jeux Olympiques. Ces mêmes jeux qui étaient soudain devenus l’obsession de mon frère qui ne parlait que de ça ! Selon lui, notre devoir était de venger notre père et de gagner les JO lorsque nous serions en âge d’accéder à l’équipe nationale. Ce rêve inaccessible allumait une petite étincelle dans nos regards à tous deux, mais je prenais cela plus pour un jeu que Takuya, peut-être de par de mon plus jeune âge. Etonnamment mon père soutenait Taku et le poussait à s’entraîner dur, au désarroi de ma mère. C’est d’ailleurs lui qui avait décidé de l’inscrire à Rokkakubashi, qui était relativement connu pour ses performances sportives dans le département. J’observais leur comportement et leur détermination débordante, incrédule, me disant que c’était comme ça la vie des plus grands.

J’appréhendais donc un petit peu la vie trop sérieuse du collège, tout en l’attendant avec excitation ; ce serait encore l’occasion de briller sur le parquet et surtout de rencontrer des adversaires plus résistants que mes partenaires de mini-basket. Non pas que leur maladresse avec un ballon ne m’amusait pas, au contraire, mais je ressentais moi aussi l’envie irrépressible de jouer contre les meilleurs. En attendant, je me contentais de jouer avec mes petits camarades de l’école primaire, avec une joie belle et bien sincère.

12 novembre 2008 at 2:05 1 commentaire

#02 Mum is a Naughty Girl

L’épisode du back roll de mon frère n’était qu’un exemple de toutes les chamailleries bon-enfants que nous avons connues ensemble. Cela dura quelques années puis nous nous lassèrent peu à peu de ces duels à répétition. Takuya s’impliquait de plus en plus dans le club de son collège, où le niveau de jeu lui procurait à présent plus de plaisir qu’une série de one-on-one avec son jeune frère court sur pattes. Le voyant ainsi s’épanouir au sein d’une équipe, j’attendais avec impatience mon entrée en 3ème année d’école primaire, durant laquelle le mini-basket était enfin autorisé, ce qui représentait donc l’occasion de jouer avec des enfants de mon âge, et de faire des vrais matchs.

Ce jour ne tarda pas à arriver. La joie de vivre que j’éprouvais à cette époque semblait en effet entraîner une accélération temporelle inaltérable. Les vacances de printemps qui signaient la fin de ma 2ème année d’école passèrent donc à toute vitesse.

Notre mère nous avait amenés à la plage, mon frère et moi, pour profiter de ces derniers jours de vacances.

– Ehh Hitonari, t’as vu ce type bizarre qui traîne un morceau de poulpe derrière lui ?, me chuchota mon frère, se retenant d’éclater de rire.

– Bwah c’est dégoutant !, lui répondis-je, écœuré par ce morceau de chair gluant.

Alors que -bien abrités derrière un parasol immense- l’on observait ce petit garçon brun trimballer son trophée aquatique sur le bord de la plage, on le vit s’asseoir à côté d’une petite fille aux yeux écarquillés. Un cri mêlant stupeur et dégoût nous échappa alors à l’unisson. Le garçon venait d’enfourner le poulpe tout sablonneux dans sa bouche ! Les morceaux de chairs pendouillaient gaiement sous ses lèvres et il semblait adorer ça… et son amie ne semblait aucunement choquée !

– Uuuurk, viens Hito, allons voir ailleurs…

Takuya avait une mine pâlotte et semblait se retenir de vomir. J’abandonnai donc notre poste d’observation pour ne pas avoir à assister à un spectacle gastrique de mon frère. Nous rejoignîmes notre mère et je lui racontai d’emblée notre petite découverte. Au grand dam de mon frère qui semblait sur le point d’agoniser…

La phobie de Takuya ressemblait à peu près à ceci

La phobie de Takuya ressemblait à peu près à ceci

– Allons Hitonari, tu ne vois donc pas que tu dégoûtes ton frère en ressassant ces bêtises ? Change donc de sujet sinon nous serons obligés de passer chez le médecin avant de rentrer, conseilla intelligemment ma mère, comme toujours.

– Bon, bon, d’accord… ah oui, je voulais te demander Maman… pourquoi est-ce que Papa, Taku et moi on a les cheveux décolorés ? Presque tous les enfants à l’école sont bruns… même ce garçon bizarre de tout-à-l’heure…

– Uuuurk !!

– Je t’ai dit de ne plus parler de ce garçon, regarde l’état de ton frère… alors tout d’abord, sache que ton père n’a pas les cheveux décolorés… Elle commença alors à chuchoter, comme pour me confier un secret.

« Quand il était plus jeune, ton père était un beau brun… et ses cheveux ont grisés depuis l’âge de ses vingt ans… c’est un peu rapide il est vrai… ». Un brin de remords dans la voix de ma mère pouvait se décrypter. « Quant à vous deux, c’est votre père qui en a décidé ainsi ». Elle prit une voix grave comme pour imiter mon père et déclara, un doigt levé en guise de solennité : « Un Hiiragi est voué à un grand destin. Pour cela, il doit également se démarquer par son physique. On doit pouvoir reconnaître un enfant Hiiragi d’entre mille ! ».

Nous éclatâmes de rire en voyant notre mère mimer ainsi notre père. Pour Takuya et moi, c’était une première qui nous marqua à jamais, et qui me fait encore sourire aujourd’hui quand je repense à ce moment où ma mère osa caricaturer ouvertement son mari devant ses propres enfants. Elle se mit à rougir comme une pivoine en se rendant compte de la part cachée d’elle-même qu’elle venait de montrer à ses enfants, puis préféra en rire avec nous.

– Ahahah, bon, au moins Taku a oublié son mal de ventre !

Ces rires nous accompagnèrent jusqu’à la fin des vacances et c’est avec enthousiasme et excitation que j’entrai en 3ème année. Mon premier entraînement eut lieu quelques jours après la rentrée.

4 septembre 2008 at 3:27 1 commentaire

#01 Life is Basketball, Basketball is Family

Je me présente : Hitonari Hiiragi, fils de Masahito et de Chieko Hiiragi. Ce que j’aime dans la vie : le basket ball. Rien d’autre.

Je ne me souviens plus à quand remonte ma découverte du basket ball. Il me semble qu’il a toujours été présent dans ma vie. Dès l’âge de 6 ans, je jouais avec mon frère devant le garage de notre maison. Takuya en avait 11, et prenait plaisir à jouer avec moi tous les soirs. Le ballon était plus gros que ma tête, et j’avais encore du mal à shooter assez haut pour atteindre le panier. Mais ce qui importait, c’était à quel point nous nous amusions jusque très tard dans la soirée.

« Prend garde Hitonari, je vais te montrer la nouvelle feinte que j’ai apprise à l’entraînement ! ». Takuya s’élança à toute vitesse à gauche de ma défense. Avec mes petites jambes, il m’était déjà impossible de le rattraper et il le savait. Cependant, et comme toujours, je tentais de lui faire opposition, même s’il semblait évident que ce serait en vain. Je me lançai donc illico à sa poursuite, quand il pivota soudainement sur son pied gauche, pour se retourner et se diriger dans la direction opposée. « Shooooooot !», hurla mon frère en marquant le point sur un lay-up des plus classiques.

– Alors t’as vu ça Hito ? Ca s’appelle un back roll ! C’est cool hein ?

– C’est cool, mais t’es trop grand pour que je te rattrape de toute façon !, répondis-je, un peu vexé, en croisant les bras.

– Ahahah, c’est pas faux, t’es toujours qu’un petit nabot, il faudrait penser à grandir !, me nargua Takuya, faisant un geste de la main de bas en haut.

– Pfff… et d’abord, on crie pas shoot quand on fait un lay-up, et toc !, lançai-je avec une certaine réparti, avant de lui tirer la langue.

– Quel gamin tu fais, c’est juste une façon de parler, rétorqua mon frère en haussant les épaules.

– Si papa était là, il te dirait que j’ai raison d’abord !

Ma dernière réplique n’obtint pas de réponse. Notre père était absent depuis plusieurs semaines, et il commençait sérieusement à nous manquer. Je baissais les yeux de honte d’avoir laissé échapper ces paroles.

– Allez, essaie donc d’arrêter mon back roll si t’es un homme !, me défia Takuya, le sourire aux lèvres, mettant ainsi fin à ces quelques secondes d’embarras.

– Tu vas voir, espèce de nabot !

Et notre jeu continua ainsi de longues minutes, minutes que je savoure encore aujourd’hui. En ce temps, mon frère et moi étions inséparables, grâce à cette passion commune pour le basket. Nos petites chamailleries de gosses ne finissaient jamais mal. L’insouciance de cette époque me rendait heureux. Je regrettais seulement que notre père ne soit pas plus présent. Ma mère tentait bien de me rassurer lors ne notre passage à table, sans grand résultat.

– Soit patient, Hitonari. Papa rentre la semaine prochaine du stage d’entraînement. Tu sais, c’est un travail très sérieux qu’il a, il doit s’occuper de l’équipe nationale.

– Une semaine c’est trop long ! Je veux faire du basket avec lui aussi, Takuya ne fait rien que de se moquer de moi quand on joue !

Maman avait beau essayer de me réconforter, je n’en faisais qu’à ma tête et ne comprenais pas les exigences de son métier. Pour moi, être sélectionneur national, c’était comme s’amuser à jouer au basket avec d’autres enfants inconnus. Pourquoi est-ce qu’il n’organisait pas ses si importants stages de préparation plus près de la maison ? On m’avait pourtant dit que le sélectionneur c’était le chef de l’équipe ! Il pouvait au moins décider de ça !

– Takuya, qu’est-ce que tu lui as encore dit pour qu’il fasse la tête comme ca ? Tu pourrais prendre un peu plus soin de ton petit frère, reprocha ma mère d’une voix étonnamment douce, comme pour ne pas froisser son fils tout en lui faisant comprendre qu’il devrait faire des efforts. Notre mère était en effet une femme d’une grande sagesse et dont le calme était à toute épreuve. Cela contrastait un peu avec notre famille de sportifs, mais elle s’efforçait de faire en sorte qu’on ne soit pas seulement une famille de sportifs. Elle voyait que la vie des trois mâles de la maison tournait constamment autour du basket, et elle nous permettait parfois de prendre du recul et de penser à autre chose. D’après mes souvenirs, toutes les activités ou les discussions que j’ai pu avoir qui ne concernaient pas directement le basket émanaient d’elle. Maintenant que j’y pense, je n’ai jamais su ce qu’elle pensait de ce sport. Le considérait-elle comme un membre imposé de la famille, en venait-elle à le détester par moment ? Après tout, il occupait son mari plus souvent qu’elle-même…

– Il… il m’a traité de nabot !

19 août 2008 at 9:48 1 commentaire


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