#08 Private Tuition

17 octobre 2009 at 2:48 2 commentaires

Mon deuxième jour de collège se trouva être dans la continuité du premier. L’excitation des basketteurs en herbe ne cessait d’augmenter au fur et à mesure que le premier entraînement approchait. Ils n’attendaient tous qu’une chose : que je leur montre les prouesses dont j’étais capable. Une nouvelle fois, l’on accapara tout mon temps libre à me parler du tournoi départemental, des exploits de mon frère, et des espoirs que l’on plaçait en moi. Je ne tardais donc pas à remercier tout ce petit monde dès la fin des cours arrivée, ne supportant que moyennement tout ce bruit autour de moi.

En chemin vers la maison, je me rappelais que ce soir avait lieu mon premier cours particulier. D’humeur soudainement moins pressée, je ralentissais le pas. J’appréhendais quelque peu la rencontre avec mon professeur. J’essayais d’imaginer à quoi elle pouvait ressembler. Des gros sourcils dépassant de ses lunettes épaisses, deux couettes solidement nouées de part et d’autre de la tête, une voix criarde, une longue blouse blanche… je frémissais rien que d’y penser. Je me rendais subitement compte que je me trouvais sur le perron de la maison. J’avais marché le plus lentement possible et pourtant je me tenais déjà devant la porte de la maison, une boule à la gorge. Mon effrayante professeur était-elle déjà arrivée ? Je scrutais les alentours, nulle trace de bicyclette  ou de voiture n’appartenant pas au quartier. Serait-elle venue à pied ? Je franchissais la porte doucement et avec toute la prudence du monde, m’efforçant de ne laisser échapper aucun bruit. Cela ne suffit pourtant pas pour que ma mère ne repère ma présence. Elle se tenait debout, les bras croisés, juste devant l’entrée.

« Te voilà enfin ! Quand c’est pour rentrer à la maison, tu ne cours pas aussi vite que pendant ton basket ! Dépêche-toi de ranger tes affaires, ton professeur arrive d’une minute à l’autre »

Sur ce je m’exécutais sans un mot. Je montais les escaliers menant à ma chambre, et déballais les affaires de mon sac sur mon bureau. Un léger vrombissement de moteur venant de l’extérieur résonna alors à mes oreilles. Je jetais un œil par la fenêtre, et remarquais un scooter rouge qui se rangeait le long du trottoir devant chez nous. Après m’être demandé pendant quelques secondes si Maman avait commandé des pizzas pour ce soir, je me rappelais qu’il était encore un peu tôt pour songer au diner. Il ne pouvait donc s’agir que d’une chose, c’était mon professeur qui arrivait à bord de ce véhicule pour le moins inattendu ! Les surprises ne s’arrêtaient pas là, la conductrice, revêtue d’un vieil imperméable froissé, retira son casque, laissant dévoiler une longue chevelure blonde en totale contradiction avec ce que j’avais imaginé. Elle descendit alors de son scooter, et j’aperçus à ses pieds ce qui ressemblait à des bottes de cuir.

* C’est une ancienne Junkie qui se tape un trip à la Onizuka ou quoi ? *

La suite des événements ne me rassura pas plus. La mystérieuse jeune femme venait juste de poser le pied sur une crotte de chien qui jonchait le trottoir. Je l’observais tenter de nettoyer ses bottes en les frottant très énergiquement sur… notre pelouse ! Au bout de quelques dizaines de secondes, elle sembla satisfaite et se dirigea vers notre porte. La sonnerie retentit, suivie d’un « Hitoooonari, descends, ce doit être ton professeur !! » hurlé par ma mère. La peur au ventre, je redescendais les escaliers, au bas desquels ma mère m’attendait afin d’accueillir ensemble la nouvelle venue.

« Et surtout, sois poli », me donna-t-elle comme dernière consigne. De toute façon, je n’allais pas risquer de mal parler à mon professeur, qui avait peut-être déjà fait de la prison…

Ma mère empoigna la clenche avec détermination et ouvrit la porte, son plus beau sourire aux lèvres.

– Bonjour, vous devez être Mademoiselle Minefuji, la nouvelle professeur d’Hitonari, entrez je vous en prie.

– Tout juste c’est moi, je vous remercie de votre accueil, répondit la jeune femme tout sourire. Et toi je suppose que tu es Hitonari ?

Je restais un peu bouche bée devant Minefuji. De plus près, elle n’avait rien d’une Junkie. Elle avait un très joli visage, et portait un très correct tailleur sous son imperméable. Je regardais furtivement ses bottes, légèrement humides sur le dessus. Elles faisaient moins cow-boy que je l’avais cru, bien que je ne les trouvais pas très assortis au reste de ses vêtements.

– Alors Hitonari, tu ne réponds pas à la question de ton professeur ?, me signifia ma mère en arborant des yeux menaçants.

– Hein ? Euh si… oui, c’est moi, Hitonari Hiiragi. Ravi de vous rencontrer…

– En voilà un garçon bien poli, répondit Minefuji avec un regard plein de tendresse. Tu veux bien m’inviter dans ta chambre ? Je crois que tu as des leçons à travailler.

Tout se déroula ensuite sans encombre. Minefuji était vraiment douée pour expliquer simplement les choses. Elle réagissait parfois de manière exubérante, laissant aller ses délires et se montrant plus démonstrative de ses sentiments qu’il est normalement requis pour un professeur, mais elle était toujours très sincère et à mon écoute. Et surtout, elle s’intéressait à moi, ce qui me soulageait au plus profond de moi-même. Inconsciemment j’étais très heureux de ses quotidiennes venues à la maison, même si publiquement je rechignais à continuer ces cours particuliers. J’appréciais ces moments où l’on me considérait pour ce que j’étais réellement. Les plus utiles conseils de Minefuji ne concernaient pas les cours, mais plutôt la meilleure façon d’appréhender la vie. Elle fait partie des personnes qui m’ont permis de survivre à mon adolescence. Ses précieuses paroles retentissent encore en moi. Je me souviens d’une soirée durant laquelle elle me surprit un ballon dans les mains, et me tint le discours suivant, d’un air songeur :

« Dis donc… C’est la première fois que je te vois aussi souriant toi ! Dire qu’au début je croyais que tu étais un gamin asocial… Mais tu es mignon comme tout en fait ! Hitonari ! J’aime beaucoup l’expression de ton visage… on sent que tu aimes vraiment le basket… surtout, prends bien soin de ce sentiment ! C’est ton trésor à toi ! »

Une cours particulier mémorable

Un cours particulier mémorable

C’était une période durant laquelle je réussissais peu à peu à mettre de côté toute ma rancœur de ne pas être reconnu en tant qu’ « Hitonari ». Minefuji y était pour beaucoup. Je m’étais fait une petite place dans l’équipe de basket de Rokkakubashi malgré mon jeune âge. Le cinq majeur était toujours composé des joueurs de dernière année mais j’étais en quelque sorte devenu le joker de luxe. La plupart des adversaires que nous rencontrions étaient eux aussi en fin de collège, et leur jeu était beaucoup plus dur que le mien. Physiquement je ne faisais pas le poids, mais on me faisait rentrer en fin de match afin de profiter de la fatigue des joueurs adverses, que je dribblais spectaculairement grâce à ma technicité grandissante. On m’appelait encore « Hiiragi junior » mais je m’efforçais de ne pas y prêter attention. Ceci était possible grâce aux très bons résultats que l’équipe obtenait. Le soir où Minefuji me surprit tout sourire, nous venions de nous qualifier pour les demi-finales départementales (au terme d’un match haut en suspense), stade maximum que l’ancienne équipe de mon frère avait atteint. Je rêvais de faire mieux.

Minefuji se rendait compte de mon envie et de mon ambition, et ses cours particuliers se transformaient de plus en plus en cours de basket. M’étonnant de toutes les connaissances qu’elle possédait à ce sujet, je la questionnais pour savoir d’où elle tirait tous ces conseils. Elle m’apprit alors qu’elle était une ancienne joueuse de haut niveau, mais qu’elle avait dû arrêter prématurément le basket pour des raisons de santé. Elle souhaitait donc à tout prix que je vive pleinement ma passion, afin de ne jamais avoir à le regretter dans le futur. Ainsi elle m’affirmait n’avoir aucun regret de ne plus pouvoir jouer, car elle disait en avoir assez profité, s’étant éclatée sur le parquet jusqu’à la dernière seconde durant laquelle elle avait pu jouer. Dans un premier temps j’eus beaucoup de mal à la croire, mais elle disait cela avec tant de conviction que je finis par me persuader qu’elle le pensait sincèrement. Raison de plus pour m’investir totalement dans ce sport.

Cette fameuse demi-finale serait le match le plus important que j’aurais eu à jouer jusqu’à présent, et je comptais bien donner tout ce que j’avais afin de l’emporter. Minefuji me donnait mille conseils sur la manière de respirer, de se déplacer sur le parquet ou encore de préparer un match. Elle croyait en moi et était de tout cœur avec moi pour ce match si crucial à mes yeux. Ma motivation était décuplée, et je sentais que l’apothéose était proche…

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Entry filed under: Chapitre, Partie II : Splitted Gem.

#07 I’m #09 One minute, one illusion

2 commentaires Add your own

  • 1. Akane14  |  28 octobre 2009 à 1:31

    Et bien Hito ça faisait un moment que j’étais pas passé et bien j’en ai à rattraper… je m’y mets =)

    Réponse
  • 2. hitonari  |  28 octobre 2009 à 4:43

    Hurrah un lecteur =) Faudra que tu me dises ce que tu en penses en tant que fan d’I’ll, histoire que je sache si je dégrade pas trop l’image du Hitonari d’Asada-sensei.

    T’as au moins le chapitre 9 à rattraper maintenant x)

    Réponse

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