#07 I’m

27 septembre 2009 at 4:00 Laisser un commentaire

« Hiiragi ?! Ça veut dire que tu es… le petit frère de Takuya Hiiragi ?! Ton frère était dans cette école avant, non ?

– Trop fort !!

– Je suppose que toi aussi tu es super doué au basket !! Voilà une nouvelle recrue de qualité !!

– Notre équipe va faire parler d’elle !!

– On compte sur toi ! Hiiragi junior !

– Oui, Hiiragi junior !!

– … »

Voilà comment s’est déroulée ma première récréation au collège. Un petit groupe de garçons  de différents âges s’était formé autour de moi, et m’assaillait de questions auxquelles je n’avais pas le temps de répondre et auxquelles je ne m’étais pas préparé. Je n’avais pas encore pu montrer mes talents que déjà j’étais considéré comme une star. Sentiment étrange que la gloire non méritée. Fatigué par tout ce chahut, je laissais faire et esquissais quelques sourires. Une pensée me rongeait l’esprit. Quand viendrait vraiment le jour où je mériterais tant d’éloges, il serait déjà trop tard et impossible pour moi de les savourer. On m’aimait déjà pour ce que je n’avais pas encore fait. Donc ce n’est pas vraiment moi qu’on appréciait mais ce que je représentais. Dès l’instant où j’entendis prononcer ce surnom d’ »Hiiragi junior » je le compris. Le jour où l’on m’appellerait simplement par mon nom serait dorénavant une grande victoire pour moi, et la motivation ne me manquait pas.

« Ton père est un célèbre entraineur non ?! Il doit t’enseigner des terribles techniques

– Tu nous les apprendras, Hiiragi junior ! »

Je n’avais jamais songé que ma famille ait une telle notoriété à Rokkakubashi. On attendait de moi que je prenne la relève, et j’y étais bien décidé. Pas forcément pour l’image de ma famille, mais pour moi-même. Après toute l’énergie que j’avais dépensée à l’entraînement, je n’attendais plus que l’occasion de me confronter au basket pratiqué dans les collèges de haut niveau. L’opportunité allait bientôt se présenter puisque le tournoi du canton commençait quelques semaines après la rentrée.

Ce jour-là je rentrais chez moi presque aussi fatigué qu’après avoir joué un match. Le harcèlement continuel que j’avais subi m’avait complètement lessivé. A mes yeux, rien ne valait le calme de notre maison. Je franchis le palier, me déchaussai, saluai brièvement ma mère et me dirigeai directement dans ma chambre. Je ramassai mon ballon de basket et m’affalais dans mon lit. Le ballon pressé contre le front, les yeux fermés, je laissais aller mes pensées. Lors de ce premier jour d’école, je ne m’étais pas encore fait de réel ami, malgré le nombre de personnes qui étaient venues me parler. Aucune ne s’était intéressée directement à moi. Mais bon, c’était seulement le premier jour, avec le temps mon nom de famille n’intriguerait plus personne et je rencontrerais surement de très bons amis, qui m’apprécieraient pour ce que j’étais.

L’arrivée en fracas de mon père me sortit de mes pensées.

« Chieko ! J’ai été engagé définitivement, ça y est ! »

Mon père s’adressait à ma mère dans un ton fort et jovial qui ne lui était pas habituel. Il lui raconta tout son entretien d’embauche dans les moindres détails, de l’assurance qu’il avait eu devant ses employeurs au salaire élevé qu’il avait pu négocier. Ma mère en était vraiment fière, puisqu’elle lui avait reproché ces dernières années son manque de stabilité dans ses emplois. En effet, depuis son départ du coaching de l’équipe nationale, mon père avait enchaîné les rôles de consultant basket pour différents employeurs, avec toujours le doute de savoir si quelqu’un ferait à nouveau appel à lui après chacune de ses missions. Dorénavant, il devenait le responsable basket-ball d’une nouvelle université très riche, Hayamazaki, pour laquelle il ne tarissait pas d’éloges.

« On a beaucoup de moyens là-bas ! Il n’y a pas encore de bonne infrastructure en place pour le basket, mais on m’a confié un projet sur la durée. D’ici 2-3 ans, nous pourrons accueillir les meilleurs joueurs du Japon dans notre enceinte pour les entraîner. C’est dommage que Takuya ne puisse pas en profiter, vu qu’il entre à l’université l’année prochaine. Mais je compte bien inscrire Hitonari quand il sera en âge d’entrer à l’université ! Il pourra évoluer dans des conditions idéales ! »

Et voilà, encore une fois on décidait de mon avenir sans que j’émette le moindre avis. Je savais que mon père ne pensait qu’à mon bien, et je me disais que ce serait quand même une bonne chose que de pouvoir jouer dans une grande équipe. Peut-être bien que ce projet en vaudrait vraiment la peine, mais je trouvais qu’il était encore un peu tôt pour qu’on décide à ma place de m’y inscrire. Et j’entrais seulement au collège ! Décidément, ce n’était vraiment pas le jour où j’aurais mon mot à dire !

Ce soir-là on apprit tous les détails du projet dans lequel mon père s’impliquait, et mon frère semblait déjà regretter de ne pas pouvoir y participer. Mon père le rassurait comme il le pouvait en lui disant que dans tous les cas il l’inscrirait dans une grande université, de même niveau que la future Hayamazaki.

– Et sinon, ton premier jour à Rokkakubashi s’est bien passé, Hitonari ?, demanda ma mère qui était la seule à avoir remarqué que je faisais un peu la moue depuis que j’étais rentré.

– Ça va… mais on n’a pas arrêté de m’embêter pour savoir si j’étais le frère de Takuya et le fils de Papa…

– Ahah, je suis encore une star là-bas, t’as intérêt à assurer ma relève !, intervînt mon frère, qui se donnait une joie de me rajouter encore un peu plus de pression. Je laissais échapper un léger soupir en guise de réponse.

– Ça leur passera vite, ne t’inquiète pas… il y a des choses bien plus graves, je suis heureuse que ce soit seulement ça qui te tracasse, répondit ma mère avec un grand sourire, qui savait comment me réconforter.

– Oui tu as raison, dis-je en lui renvoyant son sourire.

– Au fait, tu rencontres ton professeur particulier demain soir, alors fais de ton mieux pour ne pas trop la décourager !, déclara ma mère, non sans une pointe d’ironie.

– Profite au maximum de son savoir, au prix où on le paye !, ajouta mon père, toujours dubitatif sur l’utilité d’engager un professeur particulier. N’hésite pas à lui poser des questions, et s’il ne peut pas y répondre on le renverra chez lui.

– On LA renverra chez ELLE, je t’ai déjà dit que c’était une jeune femme, rétorqua ma mère.

– Raison de plus !, grogna mon père.

Mon intégration au collège, les nouveaux objectifs de mon père, la venue de mon professeur particulier… cela faisait beaucoup de sources de réflexion pour un seul garçon. Je ne dormis pas beaucoup cette nuit-là. J’espérais fortement que le lendemain se déroule sans aucun nouveau souci. M’appellerait-on enfin par mon prénom ?

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Entry filed under: Chapitre, Partie II : Splitted Gem.

Avant-goût de la deuxième partie #08 Private Tuition

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