Archive for mai, 2010

#12 Wild Diamond

« Hiiragi, prépare-toi à entrer. C’est notre dernière rencontre alors fais comme tu veux ». En foulant à nouveau le parquet, je me rendis compte que l’énergie affluait dans mes jambes. C’était plus fort que moi. Je ne pouvais pas refouler mon envie de jouer malgré mon dégoût pour l’équipe. J’interceptais rapidement le ballon et me lançais dans une course folle. Le plaisir d’éliminer rapidement mes adversaires était toujours là. J’en dribblais un premier, puis un deuxième en faisant étalage de mes plus belles techniques. Leg through, roll turn, personne n’était capable de m’arrêter quand j’étais lancé ainsi.

« L’enfoiré, attends voir ! »

Le deuxième opposant n’avait pas totalement lâché le morceau, et il réussit miraculeusement à bloquer ma course. Le plaisir montait à peine en moi et j’étais déjà frustré d’être stoppé dans mon élan. J’observais mon adversaire. Je me rappelai alors qu’il m’avait déjà intrigué quelques minutes auparavant… il avait déclaré devant tout le monde qu’il arrêtait le basket… Exactement ce dont je n’avais pas le courage de faire. Quelle ironie du sort… Et il me traitait d’enfoiré… Mon agressivité reprit le dessus et j’assénai un coup de coude dans le visage de ce perturbateur.

La réaction de l’arbitre ne se fit pas attendre.

« Disqualification du numéro 11, expulsion immédiate ! »

Compréhensif, comme toujours, je me dirigeai calmement vers le banc en faisant mine de ne pas être affecté.

« Eh, attends, Hiiragi ! HIIRAGI !! », gueula un de mes coéquipiers.

Ca y est, j’allais avoir droit à ses insultes habituelles. Alors que je me retournais pour lui faire face, une véritable fusée humaine me frôla le visage et percuta mon coéquipier de plein fouet. Le type que j’avais frappé était devenu fou et s’était mis à frapper tout le monde sur le parquet, sans distinction. Le match était donc définitivement foutu. Je m’éclipsai rapidement. Mais je fus vite rattrapé par un autre de mes coéquipiers.

« Hiiragi ! Avant de rentrer, rejoins-nous dans la cour ! Compris ? On fait un meeting entre élèves de troisième ! », lança-t-il d’un air menaçant. S’il croyait m’effrayer.

Je rejoignis fièrement le petit groupe de joueurs qui s’étaient réunis dans la cour. Ils étaient bien là pour me flanquer une correction.

« On a toujours des emmerdes dès que tu participes à un match. C’est encore toi qui as tout foutu en l’air au tournoi estival ! Si ton frère n’était pas un joueur célèbre et tous les profs à la botte de ton père… On aurait aucune raison de te faire jouer ! Tu serais viré du club ! »

Je déposai mon sac de sport à mes pieds, et alors que j’allais répliquer, une voix grave résonna.

« Je me contrefous des querelles internes de ces loosers ! Et puis pourquoi j’irai aider quelqu’un qui m’a frappé ?! Moi je te dis qu’on va rien faire ! Ca doit être une coutume des cons qui fréquentent cette école !

Le garçon-fusée se tenait debout devant nous, accompagné d’une fille du même âge.

- Eh vous ! Tirez-vous, c’est notre problème !, lâcha l’un de mes assaillants.

- Un problème ?, l’interrompais-je. Quel problème !? Quelle belle brochette de minables vous faites ! Le basket est une chose si importante que ça ?! Pourtant… il devrait pas l’être pour des sous-merdes comme vous !!

Je les narguais, le sourire en coin. Evidemment, l’un d’entre eux pris mouche.

- Répète ! Répète un peu pour voir !

Alors qu’il levait le poing pour me frapper, une main saisit brutalement son bras.

- On se calme !

Je reconnus la voix de mon frère. Que faisait-il ici ? Mes coéquipiers le reconnurent également. Il fixa son regard hautain sur moi.

- Tu nous as encore fait honte lors de ce match, Hitonari ! C’est vraiment un geste d’irresponsable !

Il marqua une pause avant de reprendre.

- Comme ça faisait longtemps que je n’étais pas rentré, j’étais venu te voir mais je vois que tu n’as pas changé ! De la violence, toujours et encore ! Qu’as-tu dans la tête, Hitonari ?!

Il haussa le ton.

- Dis-moi pourquoi tu joues au basket !! Tu n’arrêteras donc jamais de me décevoir ?!

Je n’avais rien à lui répondre. Il croyait encore que je jouais pour lui et papa, que je devais leur rendre des comptes. Je n’avais pas à les satisfaire ou à les décevoir. Je voulais jouer pour moi-même. Quand comprendraient-ils ?

- Pour quelqu’un qui arrive sans prévenir, je trouve que tu ne manques pas de culot !, intervint le type de Ninomiya, notre adversaire du jour. C’est un problème qui ne regarde que lui, nan !? Je ne peux vraiment pas vous sentir, toi comme les autres ! J’ai bien envie de tous vous prendre un par un… et de vous réduire au silence dans un bain de sang !

Son air solennel fit sourire mon frère qui s’excusa, échangea quelques mots avec l’homme-fusée, et décida qu’il valait mieux qu’il s’en aille. En guise d’au revoir, Takuya déclara à mon attention :

- Hitonari, on reparlera de tout ça une fois à la maison !

- Parler de quoi ? J’ai rien à vous dire moi ! J’en ai plus que marre de tout ça !

Je pris une profonde inspiration. C’était le moment de lâcher ce que j’avais sur le cœur.

- Pour moi le basket s’arrête aujourd’hui ! Ras le bol de faire comme toi et papa le disent !

- Tu fuis ?

- Non, tu te trompes ! Je rejette vos méthodes, je rejette votre vision du basket !

- J’ai entendu dire que tu avais décidé d’entrer dans un lycée public… C’était donc pour ça ! Pour éviter de te retrouver à Hayamazaki avec notre père ! C’est bien dommage… Hitonari… Tu es la honte de notre famille… Tu ne pourras pas te plaindre si tu te fais jeter de la maison !

C’est sur ces mots qu’il repartit comme il était venu, suivi par mes coéquipiers qui le suppliait pour un autographe et des conseils pour améliorer leur jeu. Je n’avais que faire de ses conclusions. Agacé, je décidai de partir à mon tour, et ramassai mon sac de sport.

- Eh toi ! Attends un peu ! On n’en a pas encore terminé tous les deux ! T’as foutu les nerfs à bloc à de nombreuses personnes alors assume !!

- …si tu y tiens…

- Je te dois un coup et crois-m…

J’interrompis sa phrase par un violent coup de poing dans le ventre.

- Alors, comment vont tes nerfs maintenant ?

Il reprit son souffle.

- T’es vraiment rapide, enfoiré ! Pourquoi tu ne réagis pas comme ça, avec ton frère, sale connard !!

Décontenancé par ses paroles, je ne vis pas venir son coup de pied et je l’encaissai en pleine tête.

- Tu sais… la vitesse de ton enchaînement… « leg through » plus « roll turn »… n’était pas exceptionnelle je trouve ! Je te connais pas, mais tout ça n’a rien à voir avec ton frangin ! Il faut bien que tu le comprennes, crétin !! C’est que du basket-ball, et rien d’autre !

Il me regarda fixement. Un regard perçant, sûr de lui.

- Pourquoi tu ne ferais pas ce que tu as envie de faire ?! Il n’y a vraiment pas de quoi en faire toute une histoire ! Imbécile !

Son monologue fini, je ramassai à nouveau mon sac, tombé dans la bagarre.

- Lâche-moi s’il te plaît… c’est justement parce que je fais ce que je veux que je t’ai frappé ! Et puis tu es qui pour me dire ce genre de chose ?! Tu arrêtes le basket non ?! Eh bien moi aussi ! Je n’ai donc pas de leçons à recevoir de toi… Akane Tachibana !

Je le regardai droit dans les yeux une dernière fois, avant de m’en aller calmement.

30 mai 2010 at 2:40 Laisser un commentaire

#11 I won’t

Je me présente : Hitonari Hiiragi, fils de Masahito et de Chieko Hiiragi. Ce que je déteste dans la vie : le basket ball. Et plein d’autres choses.

Seul. Au milieu d’un sombre océan. Aucune issue envisageable, aucune de bouteille à jeter à la mer. J’ai abandonné tous mes compagnons de route. Aucun ne me comprenait. Moi-même je ne comprends pas. Tout semblait pourtant si bien parti. Ma vie est un amas de gâchis.

Durant mes deux dernières années de collège tout s’est effondré. Mon rêve d’atteindre le sommet du basket-ball, envolé. J’y avais pourtant mis toute mon énergie. Mais au fil des matchs celle-ci se transformait en frustration. Frustration d’être l’unique joueur à mouiller le maillot, frustration de n’être soutenu par personne, frustration de représenter encore et toujours Hiiragi junior, le frère de Takuya. J’aurais voulu partager tout ça avec quelqu’un, mais quelque chose me bloquait intérieurement. Je ne suis pas de nature à dévoiler mes sentiments, même à mes proches. J’avais l’impression que personne ne comprendrait jamais ce que je ressentais vraiment. J’avais peur de passer pour le pleurnichard de service. Mon angoisse de perdre ce qui m’était précieux s’est alors mue en violence sur le parquet. Et cette violence m’a fait égarer ce qui m’était cher. Joli paradoxe. Détesté de tous, considéré comme une star capricieuse, j’étouffais au milieu de tous les jeunes de mon âge.

Le seul refuge que je trouvais était une petite tour en périphérie de Kouzu. J’y montais après tous les mauvais moments passés ; autant dire que je m’y retrouvais régulièrement. Là-haut, un vent glacial soufflait et fouettait mon visage, comme pour me punir de mon comportement. J’étais un ange déchu. C’était mon catharsis. Plus rien d’autre n’existait que ce vent qui arrachait toutes mes pensées. Il balayait toute la haine en moi afin que je survive aux jours à venir. Je me rends compte aujourd’hui qu’en fait ce vent m’irritait encore plus, et que je m’engouffrais dans un cycle infernal qui m’enfonçait davantage dans la noirceur de mes pensées.

La première fois que j’ai frappé un adversaire en plein match, j’ai ressenti mon expulsion comme une libération. Enfin, je n’étais plus obligé de rendre service à cette équipe qui ne m’acceptait pas. Enfin, il arrivait quelque chose à Hitonari Hiiragi. Mon frère n’a jamais été exclu. Mon père aurait préféré s’enfoncer un sabre dans le ventre que d’être exclu du parquet. J’étais sidéré qu’il faille que j’en arrive à là pour exister aux yeux des autres, mais je savourais ce moment unique pour la première fois, et n’avait qu’une envie : qu’il se reproduise. C’est ainsi que ma collection d’exclusions s’étoffa de manière exponentielle. Jusqu’au jour où un administratif signa un papier sur son bureau pour m’écarter des parquets pour de bon…

Peu de temps après mon exclusion définitive du tournoi, je me suis violemment disputer avec Takuya.

Il ne comprenait pas mon attitude, pour lui je gâchais une chance inouïe que de pouvoir jouer au basket à un haut niveau. C’était son rêve, et il était persuadé que c’était également le mien. Je ne supportais pas qu’il rêve à ma place. C’était me priver de mon identité. Un homme qui ne décide pas de ses rêves est voué à vivre dans l’ombre. Je décidais alors d’aller en total contre-sens de ce « rêve », et d’abandonner définitivement le basket au lycée. Ainsi Takuya et mon père seraient bien obligés d’accepter qui j’étais réellement. C’est donc en secret que je commençais les démarches d’inscription pour un petit lycée public sans ambition.

« La gloire, les JO, ce n’est pas ça que je recherche… ». J’achevais ainsi la discussion, et sortais prendre l’air.

L’équipe de Rokkakubashi s’est faite éliminée en huitièmes de finale face à une redoutable équipe d’Hiratsuka. En observant le match depuis les tribunes, une satisfaction intérieure s’est emparée de moi. A la sortie du gymnase, mes « coéquipiers » se dirigèrent vers moi en m’accusant de leur porter la poisse. Ils voulaient me faire porter le fardeau de leur défaite. C’en était trop pour mes nerfs.

« Connards… sans moi vous ne pouvez rien faire sur le parquet, mais avec moi le match est suspendu, quelle équipe de sous-merdes vous faîtes ! »

S’en suivie une inévitable bagarre qui multiplia le nombre de bleus déjà conséquent sur mon corps, mais je me défendis comme un beau diable. J’étais tellement écœuré par leur manière de pensée, je me serais battu jusqu’à la mort si des adultes n’étaient pas venus nous séparer.

Le soir venu, mon père s’empara de l’affaire. Il menaça de m’expulser de la maison si je continuais à me comporter ainsi. Mais c’est sa dernière phrase qui me marqua plus profondément.

« L’année prochaine à Hayamazaki je ne te ferai pas de cadeau ! Tu as déjà de la chance que je puisse t’y faire entrer, les autres écoles ne voudraient pas de toi. »

Pour lui il était déjà inscrit dans l’histoire que j’intégrerai son lycée. Je n’avais pas encore parlé de mon intention d’arrêter le basket. Ca me démangeait tellement de lui crier mes réelles intentions. Mais une nouvelle fois j’étais bloqué. Je ne voulais pas qu’il prenne ça comme une idée qui venait juste de me traverser l’esprit. Je voulais qu’il sache que c’était mûrement réfléchi, et ce n’était pas la situation idéale pour évoquer cela.

Malgré mon comportement, le coach continua à me mettre sur les feuilles des matchs amicaux qui clôtureraient l’année. Il espérait une réaction de ma part pour lui prouver que je m’étais calmé. Cela n’était pas du tout dans mes intentions.

Vînt le jour de l’ultime match de la saison.

29 mai 2010 at 11:11 Laisser un commentaire


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